apprendre en jouant

Le jeu chez l’enfant ou l’apprentissage des relations

Temps de lecture : 5 minutes

Il est surprenant de voir comme chez l’être humain, l’apprentissage de la règle d’un jeu ouvre de grandes perspectives. En jouant, l’enfant va développer des capacités motrices, cognitives et relationnelles. Avoir de bonnes relations, c’est être capable de gérer des liens agréables avec les autres, mais aussi de gérer des relations plus tendues, voire conflictuelles. Or, le jeu nous plonge justement dans cette pédagogie, dès notre plus jeune âge. Le jeu chez l’enfant, c’est la bulle idéale pour appréhender le monde réel et futur. Regardons comment ça se passe…

Le jeu renforce les capacités de l’enfant

Par plaisir, par obstination aussi, le jeu rend plus facile ce qui a d’abord été difficile ou fatiguant. Quand on joue, chacun a besoin des autres, chacun affirme ses droits et contrôle que ses partenaires n’outrepassent pas les leurs.  Il y a un compromis à réaliser entre le besoin d’affirmation individuelle et le maintien du groupe qui, seul, permet cette affirmation.

Mais le jeu n’est pas un apprentissage de travail. Tout d’abord, il introduit l’enfant à la vie dans son ensemble en augmentant ses capacités à surmonter l’obstacle et à faire face aux difficultés. Dans l’anxiété générale de cette période Covid, Claire Balthazard nous propose sa vision de la place qu’occupe le jeu dans cet article, récemment publié sur notre blog.

Jeux de stratégie ou coopératif

Ensuite, il suppose la volonté de gagner mais en restant courtois avec l’adversaire. Soit par stratégie, soit parce qu’il faut bien garder un adversaire pour continuer à jouer ! Il peut aussi nécessiter la collaboration entre joueurs. Cécile, une animatrice de ventes de jeux nous parle d’ailleurs très bien de ces jeux collaboratifs, dans une vidéo exclusive à regarder ici.

Enfin, la loi du jeu, c’est d’accepter l’échec comme un contre temps (apprentissage long), ce qui amène le petit joueur à une  maîtrise de soi et à accepter la victoire avec modestie.

Et puis le jeu mobilise des capacités variées : attention, respect de la règle, chance, audace, calcul, effort physique, parfois…

En dernier lieu chez l’enfant il y a aussi le jeu sans règles fixes ou rigides : ce sont les jeux d’improvisation. Le plaisir de jouer un rôle, de « faire comme si j’étais ». C’est le jeu du « faire semblant », celui que les psychologues appellent le jeu symbolique, lorsque la fiction remplace la règle. Celui s’appuie et développe l’imaginaire. Pour le pratiquer, il faut laisser à l’enfant du temps et de la liberté. Celle où il commence parfois par s’ennuyer, celle où il n’est contraint de nous accompagner à faire ci ou ça dans nos activités d’adultes (les courses, si on ne peut même pas acheter de jouet, quel intérêt ?). Dans un monde en recherche d’innovation constante, l’imagination ne peut plus être bridée…

Des jeux pour chaque âgeapprendre en jouant

Chez l’enfant jeune, le jeu réunit toutes les manifestations de l’instinct du jeu, comme le nourrisson qui sourit à son hochet. Mais de la galipette au gribouillis, de la chamaille au tintamarre, c’est le besoin élémentaire d’agitation et de vacarme qui transparait. C’est d’abord le besoin de toucher à tout, de saisir, de goûter, flairer, puis de laisser tomber les objets accessibles : une étape inévitable dans le développement, même si elle sape le moral des parents !

Ensuite vient l’envie de défier en tirant la langue, en faisant des grimaces ou des gestes défendus, en faisant semblant (ou pas) de toucher ou de jeter l’objet interdit. Là aussi, voilà de quoi donner aux parents des envies de moudre les enfants, mais il faut y passer, c’est une nécessité pour le tout petit.

A chaque âge, son défi

Il s’agit pour l’enfant de s’affirmer, d’être la cause de… et de forcer les autres à lui prêter attention (ça, c’est à 3-4 ans). Il aime à jouer avec sa propre douleur (toucher la dent qui bouge avec sa langue, ou bien qu’on lui fasse peur). Mais tout cela est sollicité par lui-même et doit cesser à sa demande. Ce sont les aspects fondamentaux du jeu : activité volontaire, convenue et gouvernée.

Puis vient le goût d’inventer des règles et de s’y plier quoiqu’il en coûte. C’est le temps des paris : celui qui sautera le plus loin, qui restera le plus longtemps dans la même position… Cette fois, l’autre ou les autres sont nécessaires, et on introduit la compétition (avec réussite ou échec à gérer).

Avec les conventions, les techniques, les ustensiles ou les instruments arrivent : on lutte contre un obstacle (un yoyo, un casse-tête), ainsi que les premiers jeux caractérisés : cache-cache, saute-mouton, glissade, cerf-volant, et le plaisir à résoudre une difficulté que l’on crée volontairement. Difficulté telle que son seul but est le contentement personnel de l’avoir résolue, qui sera augmenté par la présence d’un ou plusieurs concurrents (le bon vieux colin-maillard, où l’on cherche des ressources de la perception, sans la vue).

L’enfant et les jeux vidéo

On a longtemps décrié l’utilisation du jeu vidéo chez l’enfant. A juste titre. Mais les critiques à tout-va n’apportent aucune solution, et la vraie question n’est pas le jeu vidéo, mais quel jeu vidéo ! Car les jeux sur écrans vont avoir, eux-aussi, leur lot de bénéfices en développant d’autres capacités : réflexion, spatialité, acuité visuelle, rapidité et logique…

L’important est de surveiller à quel jeu joue l’enfant, en fonction de son âge. Et comme pour les jeux traditionnels, il faut savoir faire preuve de curiosité, pour aller chercher des offres moins « standards », et sortir des sentiers battus du marketing. Un article résume plutôt bien cet aspect virtuel du jeu, à lire ici.

En conclusion

Cela fait belle lurette que les parents reprochent à l’école de ne pas enseigner tout ce qu’il faut à nos enfants. Avec les réseaux sociaux, quelques profs se permettent enfin de rappeler aux parents que le rôle de l’école n’est toujours là où on le croit.

Mais bien au-delà de ces querelles de clocher, on pourrait peut-être poser les baskets de notre quotidien-marathon, et redonner aux jeux la place qu’ils méritent pour l’enfant : un espace de temps et de lieu pour expérimenter, tester, découvrir et apprendre quelques morceaux de la vie.

De quoi faire naitre la créativité, l’imagination et les bases de meilleures relations avec les autres…


Pour écrire cet article, je me suis inspirée des écrits du sociologue Roger CAILLOIS : « Des jeux et des hommes » (1ère édition en 1958 !) ainsi que ceux de l’historien néerlandais Johan Huizinga, qui publia en 1938 un essai sur la fonction sociale du jeu : « Homo Ludens ». Tout ça, c’est un peu plus complexe, mais pour aller plus loin, rien ne vaut les classiques du genre.

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