Voulez-vous que je te tutoie ?

On réfléchit à la bonne utilisation du « tu » et du « vous » pour que chaque nouvelle relation, on se comprenne et on se respecte.

Petite anecdote du tutoiement

J’en parle souvent et j’en ris beaucoup, de ce jour où j’intervenais en tant que formateur dans un groupe constitué exceptionnellement de civils et de militaires. Aucun n’était en uniforme, et tous ou presque avaient commencé à se tutoyer. Puis le tour de table d’accueil a démarré. J’ai pensé plus convivial de continuer le tutoiement et l’usage du prénom.
Jusqu’à cette personne, au visage fermé et ne me regardant pas pour se présenter, et qui commence sa présentation par : « Je n’ai pas l’habitude qu’on me tutoie et mon prénom c’est Commandant ! ».

Rien qu’en vous l’écrivant, je ressens encore ce mélange de panique et  solitude (avec cette image western du buisson d’épineux qui roule dans le sable, avec le bruit du vent…). C’est ce genre de situation qui vous permet de développer des compétences insoupçonnées, comme creuser un trou à mains nues et disparaître dedans ! Vous voyez le tableau ?

Si cette personne me lit – et je le souhaite vraiment – qu’elle soit remerciée ici publiquement, car je ris beaucoup de moi en repensant à la situation. N’y voyez aucune moquerie envers elle, car avancer dans certains univers, certaines circonstances, nécessite j’en suis certain, des modes de protection et d’affirmation que l’on n’imagine pas. Plus d’un an après, j’en parle encore, et cette dernière réflexion sur les modes de protections m’est venue d’un autre groupe de travail avec lequel j’ai échangé, après un Escape Game (ils se reconnaîtront).

Et moi, avec mes gros sabots, ma grande gueule et mes certitudes… Heureusement, malgré mon agression involontaire et un stress élevé et soudain chez moi, les choses se sont arrangées le jour même, entre cette personne et moi. Mais depuis, le tu ou le vous est devenu un véritable sujet d’attention pour moi.

Dire tu ou dire vous ?

Comment choisir sans faire de boulette ? L’erreur semble assez rare, mais tellement lourde de conséquences. Après tout, la manière que j’ai de m’adresser à quelqu’un est l’une des toutes premières choses qui vont constituer la base même de notre relation. Ça vaut peut-être le coup de s’interroger un instant sur la chose, histoire de ne pas se planter.
Certains me diront que les Anglais ne s’embêtent pas avec cette question, puisqu’ils n’ont que le « you », unique pour s’adresser à l’Autre. Et je leur répondrai que nous ne sommes pas les plus mal lotis pour autant, car nos amis Allemands ont 3 options possibles, eux : le tu, le vous pour plusieurs personnes, et un vous de respect. Plus de choix dans une langue, c’est plus de poésie, mais plus de techniques à maîtriser. Mais revenons à nous, Français que nous sommes !

Dans quels cas appliquer le tu?

L’emploi du « tu » est très répandu et le plus simple est peut-être de vous proposer ici une liste non exhaustive, que je vous prierai de bien vouloir enrichir par vos commentaires éventuels : parler à un membre de sa famille (enfant, parent, cousin, frère ou sœur, tante Jeanne…), s’adresser à un ami ou à collègue de bureau, aborder n’importe qui, tard dans la nuit, si l’on est passablement éméché, etc…

Dans quels cas appliquer le vous?

  • Au boulot

Il faut le savoir, de très nombreuses relations professionnelles seront sujettes au vouvoiement en général. On crée ainsi une certaine distance qui peut s’avérer salvatrice en certaines situations (conflits, négociations, management, collègue à l’haleine douteuse…). Bien sûr, les entreprises ont considérablement évolué dans leurs formes et dans leurs modalités de collaboration, et il convient d’assouplir pas mal de vieux principes. A vous de juger.

  • Avec sa hiérarchie

Cette distance est nécessaire pour marquer aussi la hiérarchie. Car oui, jusqu’à preuve du contraire, dire vous à son chef, ça ne gêne pas dans l’établissement de bonnes relations, Contactmais ça marque l’idée que je sais qui il est et où l’on se place lui et moi dans la chaîne de commandement. Ça peut valoir le coup… Et ne manquez pas de lire notre article sur la manipulation !

  • Avec une personne plus âgée

On dit aussi vous lorsque l’on est en face de l’une d’elle. Non pas parce qu’en son temps, il n’y avait que le vous, non surtout pas. Mais plutôt parce qu’il ne faut jamais oublier qu’un « vieux », c’est surtout quelqu’un qui a vécu plus que vous, parce qu’il était là avant, et qu’en matière de relations, son background fera toujours de vous un « p’tit joueur » ! Comme pour marquer le respect que l’on a d’une hiérarchie, on indiquera à l’autre, plus mature, que l’on respecte son âge. Combien de tribus et de groupes d’hommes et de femmes ont nommés, et nomment encore, leurs anciens de « vieux sages ».

  • Avec un groupe de personnes

Ça peut sembler bête d’en parler ici, mais on peut noter une déviance de langage chez certains utilisateurs s’adressant à un large public. Alors attention, on doit dire vous lorsque l’on s’adresse à plusieurs personnes en même temps et ce, malgré le fait qu’un humoriste ou un animateur télé puissent volontairement dire tu, alors qu’il s’adressent à nous dans leur show. De même avec les Youtubeurs, qui s’adressent aux masses d’internautes en me parlant d’abord à moi, pour être plus impactant, en usant du tutoiement. Ce n’est pas la règle et il est bon de la rappeler de temps en temps, quitte à enfoncer une porte ouverte.

On résume « tu pour… » et « vous pour… »

Dans les codes que la majorité des personnes que vous allez rencontrer utilise, le tu, c’est lorsque l’on connaît bien quelqu’un. Ça se donne avec accord des 2 parties et lorsque l’on est tous d’accord, ce sont les 2 personnes qui se tutoient. Évitons toujours les cas où votre supérieur vous dit tu, mais vous demande de le vouvoyer : on risque ici de déséquilibrer la relation et de finir au clash.

Le vouvoiement, c’est une marque de respect, tout simplement. Pour la hiérarchie, pour l’âge, pour celui ou celle que l’on ne connaît pas encore… Chez nos amis Belges de la RTBF, Pascale SEYS nous en parle très bien, de ce tu et de ce vous, dans une chronique de mai 2019 (à voir et écouter ici). Loin d’être démodé, vieillot ou désuet, l’emploi du vous permet de dire à l’autre quelque chose d’important avant toute autre communication : je vous respecte. Et par les temps qui courent, ce respect, il peut être bon de le cultiver un peu… Vous ne croyez pas ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.