Mode d'emploi

Mode d’emploi des cons

Temps de lecture : 4 minutes

Un précédent article Ah les cons ! (à lire) vous donnait quelques premières infos pour tenter de faire face à cette espèce trop souvent répandue sur nos terres et qui semble aussi se trouver dans les airs selon Audiard (je cite « quand les cons seront sur orbite, t’as pas fini de tourner », dans Le Pacha en 1968). Tentons maintenant de mieux comprendre les mécanismes qui poussent ces gens à nous apparaître comme des « cons ».

La « machine cerveau » fait des erreurs

Hélas ! La mécanique à réfléchir bugue parfois, certes, mais se trompe surtout très souvent. Des erreurs énormes ou de petites approximations, qu’importe, on est à côté. Les experts nomment ça des biais cognitifs. Et il en existe plusieurs. En voici quelques uns :

La représentation

Croisez une femme en tailleur dans la rue, par exemple. Combien d’entre nous parieraient sur le fait qu’il s’agisse d’une femme d’affaires ou d’une cheffe d’entreprise ? C’est en tous cas ce qu’elle peut représenter. Et si c’était une demandeuse d’emploi qui veut mettre tous les atouts de son côté, en allant à un entretien pour un job où les codes vestimentaires sont de cet ordre ? De quoi passer pour un con, n’est-ce pas ?

La sélection du positif

Notre cerveau préfère garder en permanence les meilleurs souvenirs, c’est comme ça (et tant  mieux !). Bilan, lorsqu’on regarde dans le rétroviseur, on ne finit par garder que les bons moments : les manèges de la fête foraine, le goût des bonbons, nos relations professionnelles d’il y a 10 ou 20 ans, et j’en passe… Mais à la fin, par quelle phrase classique et inévitable concluons-nous la conversation ? C’était mieux avant ! Et paf, voilà un vieux con qui apparaît.

Confirmer nos opinions

Les opinions sont des jugements de valeurs que nous fondons sur des références propres à chacun (j’aime ceci, je déteste cela), puis que nous cherchons à rendre généraux (je trouve qu’on devrait tous faire comme ci ou comme ça, c’est-à-dire, faire comme moi). Mais leurs bases se trouvent bel et bien en nous. Alors si par chance, notre environnement nous offre par hasard le moyen de confirmer nos opinions, c’est une aubaine.

Par exemple : mon voisin est à son compte, il est donc porté par des idées plutôt libérales, donc il est sûrement de droite. Mais lorsque vous le croiserez avec un exemplaire du Figaro sous le bras, alors il n’y aura plus aucun doute, votre opinion sera confirmée. Dommage.

Le biais rétrospectif

C’est celui où vous dîtes à quelqu’un « ben tu vois, je te l’avais bien dit ! ». Cette erreur de votre « machine cerveau » est d’ailleurs très proche de la confirmation des opinions précédemment citée, mais s’illustrera peut-être mieux avec l’exemple des rêves soi-disant prémonitoires. Nous rêvons chaque nuit et par période, on arrive à se souvenir assez clairement, en journée, de ces images nocturnes.

Et si le hasard les fait se réaliser devant nos yeux, pour quelques occasions assez rapprochées, l’idée que nous ayons fait là quelques rêves prémonitoires nous saisit rapidement. S’agit-il d’une vision extra lucide, d’un pur hasard ou juste d’une visualisation émanant de notre réflexion dans laquelle nous avions envisagé intelligemment toutes les options ? Et si rien ne se réalise, alors le doute que nos rêves soient prémonitoires ne nous effleure même pas.

L’éblouissement

C’est regrettable, mais ça nous arrive tous : lorsqu’on trouve une qualité chez une personne, notre esprit va chercher à lui en attribuer d’autres. Cette fille est jolie sur sa photo de profil ? Je suis sûr qu’elle est gentille, alors je vais lui envoyer un message. Elle me répond que je devrais aller voir un psy ? C’est la preuve de son altruisme. Elle est vraiment gentille. Et si vous trouvez mon exemple franchement caricatural, vous serez étonné d’apprendre qu’une amie (certes très proche, jolie et gentille) me l’a raconté aujourd’hui même !

Bénéfice d’un biais cognitif

D’une manière générale, tous ces moments où notre cerveau déconne alors qu’il croit bien faire nous donnent de formidables occasions de briller publiquement par notre connerie. Car oui, il semblerait que les cons ne soient pas toujours les autres et que l’universalité de la Chose ne nous épargne pas.

Alors pour avancer sur ce sujet, commençons par nous fixer une règle importante : lorsqu’un con apparaît face à nous, accordons lui le bénéfice d’un biais cognitif passager, en nous mettant à sa place, et tentons de lui suggérer une vision différente de la sienne. S’il s’en saisit, nous sommes sauvés. Sinon, eh bien… c’est qu’il est plus con qu’il n’y paraît, mais n’abandonnons pas !

Sauriez-vous trouver l’une des dernières fois où une telle erreur de résonnement a infléchit votre capacité de réflexion ? Quand était-ce la dernière fois où vous avez été con ? Pour ma part, avec mon humour à trois sous et ma grande g…, j’ai quelques souvenirs de prise de parole lors de formations où j’aurais vraiment dû faire juste mon job et être un peu plus discret.

Si par chance, certains des stagiaires présents lisent cet article, qu’ils enregistrent ici mes excuses publiques. Cela concerne aussi la dame de ce matin à la boulangerie qui s’est dit « mais quel con, celui-là ! » (je l’ai vu dans son regard).

A vos commentaires pour partager nos expériences et nos conneries 😉

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